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Imaginez que l’empereur ait mis de nouveaux vêtements mais tout le monde pensait qu’il était nu. D’une certaine manière, cela décrit l’effet principal du travail d’Hadrien Bruaux. Né en Belgique en 1991, l’artiste travaille essentiellement sur papier. Il gribouille et fait des dessins, des collages et, de préférence, conjure un acte de disparition inversée. Il n’est en aucune façon un illusionniste, il n’y a aucun de tour de magie ici. A l’inverse, il explore la nature même de l’apparence – et réciproquement sa contrepartie. En substance, son travail amplifie cette présence particulière qui résonne lorsque quelque chose est supprimé. Il chérit les traces que les images laissent derrière nous, autant dans notre esprit que physiquement dans le monde

                                                               Tenzing Barshee

Imagine the emperor put on new clothes but everyone thought he was naked. In a way, this describes the main effect of Hadrien Bruaux’s work. Born in Belgium in 1991, the artist predominantly works on paper. He scribbles and makes drawings, collages, and, preferably, conjures a reversed disappearance act. He is by no means an illusionist, there are no magic tricks here. Instead, he explores the sheer nature of appearance—and vice versa its counterpart. In essence, his work amplifies that particular presence that reverberates when something is removed. It cherishes the traces that images leave behind, either in our mind or physically in the world.  

                                                                     Tenzing Barshee

 

 

Dans mon travail, je questionne les médiums et les supports, aussi bien leurs limites que leurs légitimités. Cette recherche s’articule autour de la question de l’image et celle de l’effigie ; la possibilité pour autrui de faire image et la vaste question de ce qu’est l’image, autant dans son statut que dans sa matérialité. Je m’interroge sur notre rapport à celle-ci. Que se passe-t-il face à une image ? Que faisons-nous d’elle, et surtout que fait l’image de nous ? Dans un questionnement sémiotique, je tente de produire une expérience par l’image qui casse une simple interprétation binaire de celle-ci, je lutte contre l’image conforme qui serait un signe sans qualité, lutte pour que l’image ne soit pas figée dans une simple représentation. Animé par ces questionnements, j’expérimente diverses recherches plastiques. Je tente de jouer avec le spectateur en troublant celui-ci dans sa volonté de faire de l’image une allégorie, Produisant un travail hétérogène, j’accorde un grande importance à l’installation de ces diverses recherches plastiques, à leur confrontation dans l’espace. C’est à travers cela que je propose au spectateur une expérience dans un double jeu de contemplation et de questionnement.

My work questions mediums and supports, both in terms of their limits and of their legitimacy. This research focuses on the question of the image and that of the effigy: the possibility for others to ‘make image’ and the broad-ranging issue of what an image might be, both in its status and in its materiality. I keep asking myself how we relate to the image. What happens as we face it? What do we do with it, and especially what does the image do with us? What might lie behind it, if not the image itself? In a semiotic questioning of the image I try to produce an experience through the image which undermines any simple binary semiotics. My work struggles against complying images, which would be signs without qualities: a struggle against an image that would be a mere representation. This often leads me to the questions of resemblance and truth in art, and to the image as evidence.
Driven by theses questionings I experiment with various forms of artistic research. I try to play with spectators, to disturb, checkmate them in their desire to transform the image into an allegory, to reduce it to a content. Producing a heterogeneous body of work I attach a lot of importance to the installation of those various forms of artistic research, since it is through their confrontation in a space that they make sense. This aims to offer an experience to spectators, in a twofold play of contemplation and questioning.

 

 

Hadrien Bruaux soulève quant à lui la question fondamentale de l’identité en travaillant le motif du portrait, terme qui, selon ses propres dires, est tout sauf adapté à la notion de la figure. Il parle donc d’effigie. Par l’utilisation simultanée de la photographie, de l’intervention sur document photographique et livresque, de la gravure sur métal et du dessin sur papier et d’une multitude d’autres supports. Il interroge inlassablement ce qui fait de nous une présence, tout en la traitant comme une absence. La multitude des propositions visuelles de ce travailleur acharné et obsessif sont autant de facettes qu’il existe de possibles en chacun de nous

                                                       Stephan Balleux

Hadrien Bruaux on his part raises the fundamental question of identity by working on the motif of the portrait, a term which by his own admission is anything but adapted to the notion of the figure. He therefore calls it effigy. By simultaneously using photographs, interventions on photographic and book documents, metal engraving and drawing on paper, and a multitude of other supports, he tirelessly questions what makes of us a presence, while treating it as an absence. This relentless, obsessive worker’s myriad visual proposals are as many facets as there are potentials in all of us.

 

                                                         Stephan Balleux

On se rencontre toujours à regarder d’autres visages. On se raconte toujours des histoires à regarder quiconque. Serait-ce que figure et fiction s’enracinent au même pied ? En effet. Parfois d’un visage ne se retient qu’une tache, à la manière d’une larme jamais versée. Ou alors s’attarde, à peine une trace, une esquive dont rend compte une couleur, échappée, effilochée. Encore, elle demeure. Indéniablement, il y a dans les œuvres d’Hadrien Bruaux l’effort répété et entêté à représenter la figure humaine. On pourrait définir, cadrer beaucoup de ses œuvres dans un genre, la peinture de portrait ; une peinture figurative dit-on. La figura, chose façonnée à la main pense la langue latine. De la figure des autres, de la nature des choses, comment on les voit. De rerum natura. Chez Lucrèce, figura est un synonyme de forma, et parfois pas. Elle est cette parcelle qui se détache et volette d’un objet. Elle vient à nous, c’est l’image. Aussi bien un simulacre qu’ un fantôme. Signe envolé d’une présence qui n’est plus, brouillée de souvenirs, d’attentes déçues ? Je vois dans la peinture d’Hadrien Bruaux une détermination, un courage à regarder en face les autres. Je vois de la bonté dans cette peinture, qui n’a jamais la cruauté de dévisager. A pleines mains, il laisse beaucoup aux visages du monde, donne aux traits une liberté neuve. Autrement et simplement, Hadrien Bruaux peint ses semblables comme des œuvres uniques.
                                                          Claire Ponceau